A votre santé ! (2)

Chose promise, chose due : nous allons rester aujourd’hui dans le domaine de la santé, par le biais d’un diagnostic local mené par l’Institut Renaudot, organisme spécialisé dans la Santé communautaire, dont nous parlions hier, et la Santé dans la Ville.

Ce travail avait été commandé par la municipalité, et a été mené par le biais d’entretien semi-directifs d’acteurs du quartier de Surville auprès d’habitants. (Votre serviteur en faisait partie…)

Cet audit a été mené en 2003, afin de répondre à 2 objectifs généraux :

1) Améliorer l’accès aux soins et à la prévention des habitants et notamment des personnes en situation de précarité.

2) Initier une dynamique locale de santé durable associant les médecins, les infirmiers, les kinés, les associations, les habitants, bref, tous ceux qui se sentent concernés par ce sujet.

Ces grandes orientations ont été affinées autour de quatre objectifs spécifiques :

a) Analyser les ressources en matière de santé.

b) Analyser les besoins et attentes de la population en matière de santé et particulièrement en terme d’accès aux soins et à la prévention.

c) Définir les ressources sanitaires, sociales et de prévention à renforcer ou à créer.

d) Définir des stratégies d’actions appropriées.

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I) Premières données sur l’Etat de Santé des Habitants :

1) Souffrance psychique des adultes:

- Dépression

- Dépendance à l’alcool (377 patients ont été accueillis cette année au Centre de Cure ambulatoire en Alcoologie)

- Difficulté d’exercer l’autorité parentale. (75 % des interventions d’un éducateur et/ou de travailleus sociaux de l’Unité d’Action Sociale du canton concernent le quartier de Surville.)

2) Souffrance psychique des jeunes :

- Sociopathies. (Tentatives de suicide, phénomène d’errance, fugues…)

- Consommation de produits psycho-actifs. (Drogues en tous genres…)

- Consommation de plus en plus importante d’alcools en tous genres.

3) Souffrance psychique des enfants.

- Troubles du comportement (D’après la PMI, 10% d’enfants souffrent de problèmes de comportement sur Surville.)

4) Pathologies liées à des manques en soin et en prévention.

- Etat des dents alarmant. (Dans une école élémentaire du plateau survillois, 62,9 % des élèves avaient besoin de soins dans la bouche. Le taux national est de 37,6 % !)

- Problèmes ophtalmologiques. (33,3 % des enfants dépistés par la médecine scolaire présentaient des problèmes ORL et ophtalmologiques non traités.)

- Surinfections dues au recours tardif aux soins. (Les gens ne se soignent pas et la situation s’aggrave.)

II) Déterminants de santé : les facteurs influençant la santé des habitants de Montereau :

1) Facteurs démographiques :

- Une population jeune. (A Surville, en 2003, 52,9 % des habitants avaient un âge compris entre 25 et 39 ans.)

- Une population vieillissante. (Augmentation de la population de plus de 60 ans sur la ville basse.)

- Des communautés d’origine étrangère importantes. (Ce taux est de 20,8 % à Montereau, pour 29,7% en ville haute.)

2) Facteurs socio-économiques :

- Ressources économiques modestes de la population. (A Surville, le taux de chômage total était de 31,2 % contre 9,2 % pour le département.)

- Taux élevé de familles nombreuses et mono-parentales en ville haute. (11,6 % à Montereau, pour 14,3 % à Surville.)

- Perception d’une réelle « misère éducative ». (33% des habitants n’auraient aucun diplôme, contre 15,6% sur le plan départemental.)

- Des atouts « sur le papier » : présence de la Couverture Maladie Universelle (CMU), la Couverture Maladie Universelle Complémentaire (CMUC), l’Aide Médicale d’Etat (AME).

3) Facteurs individuels

- Détresse psycho-sociale des familles. (Etats de mal-être, dépressions, dépendances, perte d’autorité parentale…) Beaucoup de familles sont dans une vraie détresse.

- Mauvaises habitudes de vie. (Manque d’hygiène, déséquilibres alimentaires, manque d’accompagnement et de suivi dans l’éducation à la santé et les soins…)

4) Facteurs culturels et cultuels :

a) Montereau a des points forts :

- Soutien des proches, de la communauté, du voisinage.

- Structuration des communautés. (Solidarité, liens qui se créent…)

- Certaines habitudes de vie. (Notamment en ce qui concerne la pratique de la vaccination.)

b) Montereau a des points faibles :

- Communautarisme. (Tendance au repli sur soi…)

- Représentation cultuelles et culturelles en lien avec la santé. (Interdits qui empêchent parfois de se soigner correctement…)

- Conflits interculturels.

5) Facteurs d’organisation de la Santé :

a) Des points forts :

- Bonne couverture médicale, sauf en matière de soins dentaires.

- Structures et services de proximité (Hôpital, urgences, facilités de paiment, accès aux soins grâce à la Permanence d’Accès à la Santé et aux Soins (PASS))

- Image rassurante : L’hôpital renvoie aux habitants de Surville une image rassurante.

- Mais de ce fait, le service des urgences déborde et est souvent saturé.

- Quelques actions de prévention et d’information. (Je vous renvoie par exemple au papier d’hier…)

b) Des points faibles :

- Manque de ressources en soin et en prévention. (Manque de médecins spécialistes : accompagnement psychologique et psychiatrique, soins dentaires, ophtalmologie, gynécologie, soins à domicile…)

- Défaut de continuité des soins.

- Manque de gardes médicales.

- Manque de soins à domicile.

- Carences dans la pratique du partenariat (Les professionnels ne travaillent pas ensemble.)

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Bien entendu, fort de cet audit globalement alarmant, l’Institut Renaudot avait émis un certain nombre de propositions :

1) Un accès aux soins à améliorer par :

- La création d’un système de suivi et d’accompagnement.

- La promotion de ressources accessibles financièrement. (Mise en place de centres de santé ou autres, qui seraient dans les moyens des habitants.)

- La promotion d’un système de gardes adéquat.

- Le développement de soins et d’accompagnement psychologique.

2) Mettre en place une vraie prévention. (Sexualité, dépendances…)

3) Des pratiques à améliorer en terme de prévention et de partenariat. (Faire travailler les acteurs de santé ensemble…)

4) Mettre en place des « baromètres » concernant la santé globale des Monterelais.

5) Une nécessité d’améliorer les ressources économiques. (Trouver des moyens pour que les Monterelais aient plus de travail…)

6) Alléger le poids important des pratiques culturelles et religieuses dans les représentations et pratiques de santé pour que habitants se soignent mieux.

7) Répertorier les ressources positives des habitants en matière de santé.

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La grande question est de savoir ce qu’a fait Yves Jégo de cet intéressant travail.

Force est de constater que peu de changements ont vu le jour, notamment sur le plateau.

Ah si, on a vu la création d’une magnifique plaquette destinée aux professionnels, destinée à recenser tous les… professionnels.

Mais surtout, on a vu des structures disparaître : le cabinet radiologique a fichu le camp, le dernier dentiste survillois est en passe de fermer son cabinet, il a fallu que le Conseil général intervienne pour maintenir l’UAS à Surville (je vous renvoie au papier « Histoire de CUCS » du 3/5/2007 sur le petit calendrier ci-contre), on a vu des professionnels de la santé refuser d’appliquer la CMU, on a constaté que les dépistages bucco-dentaires n’avaient plus lieu dans les écoles, que les habitants n’étaient toujours que trop peu associés à cette prévention qui fait tant défaut, etc, etc…

Bref, en un mot comme en cent : ce précieux rapport est tombé dans les oubliettes, (rapport qui au passage a quand même dû coûter de l’argent au contribuable) et les principales mesures préconisées sont passées à la trappe !

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Mais ne voilà-t’il pas que j’allais oublier :

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5 commentaires

  1. Liane dit :

    Des chiffres qui font froid dans le dos.

  2. plukipa dit :

    important et utile travail à condition toutefois qu’après les constats les choses bougent et qu’il y soit remédié. A Montereau, depuis 5 ans lorsque un cabinet ferme …. il n’est plus repris : dernier exemple les kinés. « les franchises » sont pour l’instant la seule réponse aux problèmes de santé soit l’application du principe de la « double peine » largement repris dans de nombreux secteurs. Nous régressons de plus en plus alors que la science et les technologies progressent…pour toujours plus de profits boursiers.Quant aux malades et aux acteurs de santé ils peuvent attendre Etre « patient » au XX1ème siècle prend toute sa signification.

  3. Jade dit :

    Comment peut-on étudier sereinement quand on a mal aux dents ?

  4. Don Diego dit :

    On a le droit de refuser la CMU,quand on est un professionnel de la santé ?
    Il me semblait que non !

  5. Isis3V dit :

    PANORAMA DE L’ACCES AUX SOINS
    DES BENEFICIAIRES DE LA CMU COMPLEMENTAIRE en 2006

    Il s’agit d’une étude de la dreees (Direction des études, de l?évaluation et des statistiques), en collaboration avec les ministères du travail, de la santé et du budget, parue en 2008 (n°629) réalisée en 2007 sur les chiffres de 2006.

    Elle s’est faite sur différentes parties du territoire français, et tenant compte du fait que la répartition des bénéficiaires de la CMU n’est pas homogène.

    Elle constate, en résumé, les faits suivants :
    * Les médecins généralistes accueillent une part plus élevée de personnes couvertes par la CMU que les spécialistes ou les dentistes.
    * Les généralistes et les dentistes les plus accueillants reçoivent 3 fois plus de patients affiliés à la CMU que leurs confrères.
    * Les professionnels inscrits en secteur I (à honoraires fixes) accueillent une part plus importante de bénéficiaires de la CMU que ceux inscrits en secteur II (à honoraires libres).
    * L’accueil des bénéficiaires de la CMU se concentre d’autant plus sur une fraction des généralistes que la densité médicale et le nombre d’affiliés à la CMU sont importants ». A mon avis, seul ce dernier constat est vraiment une révélation, mais il s’agit d’une nuance :en gros, 14% des généralistes soignent 50% des bénéficiaires de la CMU

    Tout à la fin de l’étude (le détail des chiffres, rébarbatif, mais que j’ai lus n’apprend pas grand-chose de plus!), on lit cette analyse :
    « Des facteurs très différents peuvent se combiner pour expliquer ce phénomène de concentration de l’accueil des bénéficiaires, plus ou moins accentué selon les spécialités considérées. Un effet de réputation peut conduire les bénéficiaires de la CMU à davantage s’adresser à certains professionnels de santé plutôt qu’à d’autres ; la concentration peut également s’expliquer par une meilleure proximité géographique, ou encore par une réelle difficulté des bénéficiaires de la CMU à obtenir des rendez-vous auprès de certains professionnels de santé.
    Cette étude ne permet pas de mesurer l’influence de chacun de ces facteurs, de même qu’elle ne permet pas de connaître les caractéristiques des praticiens accueillants et de leurs confrères moins accueillants.

    La conclusion indique :
    « L’étude fournit des données qui doivent servir de base à l’analyse par les acteurs concernés de la situation dans les différentes zones étudiées : de forts taux de concentration et leur accroissement dans le temps pouvant suggérer l’existence de difficultés d?accès aux soins des bénéficiaires de la CMU appelant des fonctions correctrices. Elle suggère, par ailleurs, l’intérêt de mener des études qualitatives complémentaires permettant de mieux comprendre les facteurs concourant à la structuration particulière des patientèles observées(..) »

    Mon commentaire

    Une étude bien limitée et bien timorée !
    Un travail de statisticien sans vision sociologique !
    Peut-être dans 5 ans vont-ils découvrir « l’eau chaude » (à savoir : la réelle difficulté des bénéficiaires de la CMU à obtenir des rendez-vous auprès de certains professionnels de santé), puis ils étudieront dans 10 ans les moyens d’y remédier ; y aura-t-il alors encore dans ce pays une sécurité sociale digne de ce nom ? Il y aura en tout cas à ce moment-là une pénurie importante de praticiens qui entraînera encore plus de discriminations pour l’accès aux soins.

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