Archive pour 10 décembre, 2008

Surville : retour vers le futur (5)

Mathieu Percheminier nous  pointe aujourd’hui l’une des grandes problématiques monterelaises : comment intégrer Surville, (et est-ce possible), pour que les différentes parties de Montereau représentent une cité cohérente ?

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Eviter la bipolarisation de la ville : mission impossible ?

(épisode 4)

 

Dans l’imaginaire collectif, les années 1960 représentent l’âge d’or des ZUP. Les logements proposés sont spacieux, lumineux, et offrent tout le confort nécessaire. De plus, l’architecture de ces quartiers pousse alors à penser que l’on vit au cœur de l’évolution technique, ils sont un « symbole du progrès »[1].

A la fin des années 1960, les villes-satellites suscitent les jalousies des élus de certaines communes non désignées comme « satellite » de Paris. Surville à Montereau, Beauval-Collinet à Meaux ou encore l’Almont à Melun sont en effet autant de quartiers qui promettent à leur ville d’accueil un avenir enviable.

Paul Séramy, conseiller général et maire de Fontainebleau, exprime ce sentiment dans un article de la Liberté en mars 1961, intitulé Les villes non-ZUP[2]. Sous une condamnation des ZUP en général se cache en réalité la frustration de n’avoir pas vu sa commune inscrite dans ce dispositif. Après Paris et le désert français, il craint que l’on puisse publier « Les trois ZUP et le désert seine-et-marnais ». Selon lui, la création de cités satellites ne saurait représenter un palliatif adapté à la situation de l’emploi, du logement, et du problème démographique de la région parisienne, « bien au contraire, car toute création démesurée risque aussi bien d’attirer les Parisiens que les provinciaux séduits par la publicité d’une telle entreprise »[3].

Il est fort à parier que si Fontainebleau avait été déclarée zone à urbaniser en priorité, Paul Séramy n’aurait jamais rédigé cet article. Néanmoins, sa prise de position a le mérite de pointer de réelles interrogations. En effet, par rapport à la commune de Montereau, le quartier de Surville est une création démesurée, puisqu’au moins destinée à doubler sa population. Se pose fondamentalement la question de la capacité d’intégration d’un quartier neuf aussi important par le noyau mère de taille modeste, dans un environnement ne facilitant pas la tâche. Le confluent, la vallée, le plateau découpent la topographie du territoire communal et marquent fortement le paysage.

« De telles situations d’isolement sont évidentes pour des ZUP naguère édifiées en site de plateau comme celle d’Amiens-Nord, celle des Minguettes aux limites de Vénissieux ou encore pour la ZUP de Surville, au-dessus de Montereau »[4].

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Cette problématique a immédiatement été soulevée par les concepteurs du quartier, qui ont réfléchi aux différentes manières envisageables de rattacher les deux parties de la commune et d’éviter qu’elle ne devienne une ville bipolaire, alors que les voies de communication entre le plateau et la ville basse sont très restreintes (un seul passage pour traverser les deux fleuves, au confluent, qui rejette l’extrémité ouest de la ZUP très loin du centre ville).

Dans un souci d’anticipation, c’est en 1962, soit un an après le début effectif des constructions, qu’est élaboré un plan d’aménagement pour la transition entre le grand ensemble et la ville historique.

« Il est indispensable de combler le vide qui existe dans le tissu urbain entre les deux quartiers. L’expérience prouve qu’une ville ne tolère pas longtemps des enclaves de terrain vierge (…) Cette zone actuellement vierge pourra ainsi devenir l’élément urbain de liaison entre le tissu de la ville actuelle et la trame du quartier neuf »[5].

Dans l’esprit des architectes, il s’agit en réalité de créer, dès 1962, des liaisons directes entre les trois éléments de la ville (centre ville-ZUP-ZI). Elles viendront compléter, à la périphérie, la liaison centrale du confluent qui s’avère déjà insuffisante (alors que ni la ZUP, ni la ZI ne sont encore achevées).

Les schémas ci-dessous sont une reproduction à l’identique de ceux dessinés par les frères Arsène-Henry. Représentant les trois entités de Montereau, ils exposent clairement la façon dont elles devront être reliées entre elles pour être viables et s’articuler les unes aux autres.

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Outre le développement des voies de communication entre les éléments de la ville, un autre schéma de développement est envisagé, afin de densifier le bâti sur le coteau du plateau, d’assurer la continuité du paysage urbain entre la ville haute et la ville basse par la construction de logements collectifs et individuels entre la Seine et la route nationale (cf. reproduction du schéma ci-dessous). L’objectif : donner à Montereau l’aspect d’une ville cohérente.

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L’ambition est immense et coûteuse. Il s’agit d’éviter que la ZUP soit perçue comme un kyste artificiellement greffé à la commune… Pour autant, la question du coût est l’une des causes de l’avortement du projet, qui n’a jamais vu le jour. De plus, l’initiative privée pour la construction sur laquelle comptaient les architectes n’a pas répondu présente. Les interrogations posées dès 1962 sur les carences de liaisons entre le noyau ancien et le grand ensemble restent en suspens…

Mathieu PERCHEMINIER

Chargé de mission en développement social
 

 


[1] Jean Claude Boyer, Les banlieues en France ; territoires et sociétés, Armand Colin, Collection U, Paris, 2000, p.33. 

[2] La Liberté, Les villes non-ZUP de Paul Séramy, 31/3/1961.

[3] La Liberté, Les villes non-ZUP de Paul Séramy, 31/3/1961.

[4] Chaline Claude, Les politiques de la ville, PUF, Que sais-je ? , Paris, 1997, p.21.

[5] Architectes Arsène-Henry, Montereau- fault-Yonne, zone de transition, Plan d’aménagement pour la transition ville haute – ville basse, 1962.

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A suivre !

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