Surville : retour vers le futur (8)

Avant-Post !

Décidément, les institutions de la République semblent en vouloir à notre Secrétaire-d’Etat-A-l’Outre-Mer-Maire-UMP-346-1!

On se souvient que le Conseil Constitutionnel, chargé de vérifier la constitutionnalité des lois, avait retoqué son projet de réforme consacré aux indemnités temporaires de retraite versées aux fonctionnaires d’Etat dans certaines collectivités territoriales ultra-marines. (Rappel des faits ici…)

C’est au tour du Sénat, excusez du peu, de refuser hier, contre l’avis du gouvernement (Yves Jégo était monté personnellement au créneau à l’Assemble Nationale), la suppression de la publicité sur RFO à échéance de 2011.

Encore un camouflet ! Un de plus !

On en reparle plus en détail lundi prochain.

Je vous laisse sans plus attendre en compagnie de Mathieu PERCHEMINIER.

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Surville : retour vers le futur (8) dans Vie locale a65y8wulnwomment et pourquoi dans les années 70, notre chef-lieu de canton est il devenu aux yeux de la presse une cité-dortoir ?

Mathieu  répond aujourd’hui à cette question.

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Une Zone Industrielle désespérément vide…

(épisode 7)

L’abandon du PADOG au profit du SDAU n’a pas eu pour unique conséquence d’entraîner l’arrêt des constructions sur le plateau de Surville, amputant ainsi la ZUP des équipements envisagés et la privant de la cohérence que les frères Arsène-Henry avaient imaginé.  Il a également constitué un frein extrêmement important à l’implantation d’activités sur la ZI de Montereau. La DATAR, créée en 1963, fut chargée de faire appliquer les mesures prises en matière d’agrément et de redevances par le biais du Comité de décentralisation.

La politique de décentralisation industrielle (c’est-à-dire le départ d’industries de région parisienne pour la province) a atteint son point culminant pendant une grosse première moitié de la décennie 1960 [1], sous l’effet de différents types de mesures :

-       d’une part, en province, des mesures incitatrices, fiscales essentiellement : primes et prêts accordés par l’Etat, aides aux collectivités locales, réductions de droits et exonérations d’impôts.

-       d’autre part des mesures restrictives en région parisienne, avec la nécessité pour un industriel de disposer d’une autorisation pour l’extension des surfaces de travail, l’obligation de payer des redevances, tout cela assorti de primes à la démolition.

Toutes ces mesures ont été petit à petit multipliées, diversifiées et renforcées. Ce n’est qu’à partir du milieu des années 1970 que s’essouffle le mouvement de décentralisation à partir de la région parisienne [2]. Une dizaine d’années s’est écoulée pendant laquelle une douzaine d’entreprises se sont vues refusées l’agrément nécessaire afin de s’installer sur la ZI de Montereau, implantations qui auraient pourtant largement contribué au desserrement de l’agglomération parisienne. Mais à quelques kilomètres près, Montereau n’est pas en province…

 « Les emplois ont été créés à une cadence très inférieure à celle prévue, par suite du refus d’agrément opposé par la Commission Nationale compétente et la Délégation à l’Aménagement du Territoire et à l’Action Régionale aux industriels désirant s’implanter à Montereau (environ 1.000 à 1.500 emplois) »[3]

 Les industries dont il est question dans cette citation sont les suivantes : Truffy provenant de Vitry-sur-Seine et prévoyant la création de 30 emplois, Reboul de Créteil avec 430 emplois, Select de Paris avec 100 emplois, Desange et Lair d’Alfortville occupant au moins 200 ouvriers et ouvrières, Société Ferodo de Saint-Ouen avec 135 emplois,… Uniquement des entreprises issues de Paris ou de sa proche banlieue. Leur implantation à Montereau aurait indubitablement été synonyme de desserrement pour l’agglomération parisienne. Sur ce point, l’incohérence de la DATAR est totale… Le ministre Alain Peyrefitte, député de la circonscription, reconnait lui-même la responsabilité des pouvoirs publics dans son ouvrage intitulé Le mal français :

 « Et pendant que l’on continue d’aligner les cages de béton, on refuse obstinément aux industries qui doivent quitter Paris la possibilité de s’installer sur la ZI de Montereau : la Seine-et-Marne n’est pas la province »[4].

 Si la DATAR a constitué le principal frein à l’implantation d’industriels sur la ZI, le patronat local y a également opposé une vive résistance, craignant une course aux salaires (qui étaient maintenus volontairement bas à Montereau).

La Zone Industrielle à Montereau est un échec patent. De faible importance, « elle apporte à l’agglomération moins de 15 % des emplois industriels » et « pèse peu par rapport à l’ensemble du secteur industriel monterelais »[5] en 1972. Si l’on prend comme référent les 5.000 emplois à créer, le taux de réussite est catastrophique, puisqu’il ne s’élève qu’à 16 % en 1972, c’est-à-dire 12 ans après le début de l’opération ! Le bilan du desserrement industriel sur l’agglomération de Montereau concerne, en 1972, douze établissements employant 850 personnes (pas tous sur la ZI, où 29 établissements en apportent 820), et la création de quatre sièges sociaux locaux. Il faut de plus noter que sur les 29 entreprises installées sur la ZI, 9 le sont par opération de desserrement, 8 sont des extensions sur place, et 12 des créations nouvelles [6].

 Le bulletin municipal de décembre 1971 relate une manifestation de plus d’un millier de personnes réclamant des emplois que la ZI n’est pas en mesure d’offrir.  Dès 1967, la sonnette d’alarme avait été tirée par un rapport de la Cour de comptes constatant que seulement 660 emplois avaient été créés sur la ZI [7]. Conséquence logique, les migrations alternantes se multiplient. De 1962 à 1968, « la part de la population active allant travailler à l’extérieur passe de 13 % à 19 % », et pour la ZUP de Surville seule, le pourcentage s’élève à 28,7 % [8]. En 1971, le Message du Secours Catholique affirme que ce sont 55 % de la population active qui travaille en dehors de Montereau, dont 28 % à Paris [9]. Certains partent parfois pour obtenir un salaire plus intéressant à Paris.

 « Une femme OS gagne ici 4,30 francs de l’heure, chez Silec, entreprise de câblage électrique. A Paris, pour le même travail, c’est 2 francs de plus »[10].

 En moyenne, les salaires sont inférieurs de 20 % à ceux de Paris, Melun ou Meaux, selon les responsables de la CFDT locale [11]. Mais la plupart des travailleurs migrant quotidiennement le font uniquement pour avoir la possibilité d’exercer un emploi. Les déplacements représentent pour eux un désagrément assez difficile à supporter. Un dessinateur habitant Surville et exerçant son activité professionnelle à Paris a calculé « qu’il fait, en train, 40.000 kilomètres par an (…). En quarante ans de travail, il estime que cela fera trois ans dans le train » [12]. Il n’est pas inutile d’ajouter qu’à cette époque, Montereau se situe au-delà de la limite permettant de bénéficier des cartes hebdomadaires SNCF pour la grande banlieue. Les abonnements consentis par les Monterelais, bien plus onéreux, consommaient une part non négligeable de leur budget…

 Montereau manque clairement de débouchés. L’analyse de la situation de l’emploi à la fin décembre 1971 montre « un grand nombre de demandes d’emploi, surtout à des postes non qualifiés ». A l’inverse, « les offres d’emplois non satisfaites font apparaître une majorité d’emplois qualifiés » [13]. La main d’œuvre locale s’avère donc inadaptée aux besoins exprimés par les entreprises, essentiellement celles issues du desserrement d’ailleurs.

 

Tableau récapitulatif des demandes d’emplois non satisfaites (décembre 1971) [14]

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 Logiquement, le taux de chômage est élevé. C’est à Montereau qu’il l’est le plus au regard de toute les cités de Seine-et-Marne, devant Meaux et Chelles.

 « Ainsi, Montereau compte, dans un pays encore en période de plein emploi, 350 chômeurs inscrits, mais en réalité plus d’un millier de demandeurs d’emplois. Se développe une population à faible niveau de vie, source de plusieurs centaines de loyers HLM impayés »[15].

Ces 350 individus inscrits au chômage (à la fin 1971) représentent près de 4 % du total des actifs, soit le double de la moyenne nationale, en sachant pertinemment que tous les sans-emploi ne sont pas déclarés… Sur un total de 20.000 personnes (en 1968), 142 personnes sont allocataires ASSEDIC au 30/1/1872. Pour une population équivalente, Fontainebleau en compte moitié moins. Le déséquilibre emploi-logement est flagrant. En 1974, le constat est sans appel : « A ce jour, la ZUP ne comporte que 3782 logements et la Zone Industrielle 800 emplois dont 200 proviennent de transferts locaux » [16]. De surcroit, plusieurs entreprises importantes de la ville ancienne ont cessé leur activité.  Selon les chiffres avancés dans le bulletin municipal de janvier 1977, de 1960 à 1970, ce sont en tout 700 emplois qui ont été supprimés. Ce n’est qu’en janvier 1975 qu’on commence à bâtir les ateliers de la SAM (Société des Aciéries de Montereau).La situation de l’emploi a ainsi maintenu à Montereau un des plus bas niveaux de vie du département voire de la région, notamment à Surville où la répartition des salaires mensuels en 1972 est la suivante :

-          de 500 à 1.000 francs : 25 %

-          de 1.000 à 1.500 francs : 55 %

-          au-dessus de 1.500 francs : 20 %

La fiscalité compte parmi les plus lourdes du département (supérieure de 25 % à la moyenne nationale) [17]. A en croire le Monde du 08/01/1969, il n’est pas rare chez les résidents survillois que le montant des allocations familiales dépasse celui du salaire.

Après s’être trouvée trop proche de Paris dans le cadre de la politique d’aménagement du territoire pour bénéficier de la décentralisation des activités qui profitent à des villes telles Reims, Troyes, Orléans, Chartres,… elle s’est trouvée trop loin de la capitale pour profiter du desserrement naturel de l’agglomération qui procède par capillarité le long d’axes radiaux (circulations fluviale, routière, ferroviaire). Meaux et surtout Melun, situées à 40-50 kilomètres de Paris, n’ont pas connu ce problème.

Alerté sur cette situation pour le moins complexe, le ministre de l’Economie et des Finances, Valéry Giscard d’Estaing tente de teinter cette dernière d’optimisme dans une lettre adressée au député de la circonscription de Montereau M. Pinte :

 « La création d’un nombre d’emplois suffisant dans l’agglomération de Montereau conditionne la solution des difficultés présentes de la ZUP où de nombreux logements restent vacants faute de demandes : les autorités régionales qui assument l’essentiel des responsabilités en ce domaine ont été alertées sur ce problème et semblent avoir entrepris (…) d’encourager désormais plus activement les implantations industrielles dans cette région »[18].

 La DATAR en avaient pourtant interdit pendant de nombreuses années ! A Montereau, son action a eu des effets aussi bien sur le court que sur le long terme, plaçant la ville dans une situation économique dont elle subit aujourd’hui encore des conséquences. Le non achèvement de la ZUP et la non réalisation des objectifs sur la ZI n’ont évidemment pas fait de publicité à l’image de marque de Montereau. Ville repoussoir, la vacance de logement s’est développée à Surville. La presse régionale et nationale se fait l’écho de cette situation inquiétante :

« Rarement agglomération n’a autant mérité le sinistre surnom de cité-dortoir

que ce chef-lieu de canton »[19].

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Mathieu PERCHEMINIER

Chargé de mission en développement social

 

 

 

 

 

 

 


[1] Jean Bastié, Géographie du Grand Paris, Masson, collection géographie, Paris, 1984.    

[2] Jean Bastié, Géographie du Grand Paris, Masson, collection géographie, Paris, 1984.

[3] Ville de Montereau, Délibérations du Conseil Municipal, n° spécial, Montereau, 28 juin 1974, p.11.

[4] Alain Peyrefitte, Le mal français, Plon, 1976, Paris, p.225.

[5] André Lesourd, Desserrement industriel et croissance urbaine à Montereau, Mémoire de maîtrise de géographie, Paris, 1972, p.76.

[6] Chiffres tirés du travail d’ André Lesourd, Desserrement industriel et croissance urbaine à Montereau, Mémoire de maîtrise de géographie, Paris, 1972.

[7] Ville de Montereau, Bulletin municipal, Montereau, Janvier 1977.

[8] André Lesourd, Desserrement industriel et croissance urbaine à Montereau, Mémoire de maîtrise de géographie, Paris, 1972, p.76.

[9] Le Message du Secours Catholique, Il n’a pas que la proche banlieue, 04/1971.

[10] L’Humanité, Trop près ou trop loin de Paris : Montereau-Surville, la cité aux logements sans emploi », 25/5/1971.

[11] Syndicalisme, Seine-et-Marne ; à Montereau des logements vides… mais il faut du travail, 09/1972.

[12] Syndicalisme, Seine et Marne ; à Montereau des logements vides… mais il faut du travail, 09/1972.

[13] André Lesourd, Desserrement industriel et croissance urbaine à Montereau, Mémoire de maîtrise de géographie, Paris, 1972, p.77.

[14] Source : Lesourd André, Desserrement industriel et croissance urbaine à Montereau, Mémoire de maîtrise de géographie, Paris, 1972, p.77.

[15] Jean Marais, Histoire de Montereau-fault-Yonne, des origines à nos jours, Société d’histoire et d’archéologie de l’arrondissement de Provins, Montereau, 2000, p.323.

[16] Ville de Montereau, Délibérations du Conseil Municipal, n° spécial, Montereau, 28 juin 1974, p.11.

[17] Ville de Montereau, Délibérations du Conseil Municipal, n° spécial, Montereau, 28 juin 1974, p.13.

[18] Ville de Montereau, Délibérations du Conseil Municipal, n° spécial, Montereau, 28 juin 1974, p.17.

[19] L’Express, 18/09/1972.

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A suivre !

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11 commentaires

  1. p'tite souris dit :

    Merci de rappeler  » l’histoire » du non développement de MONTEREAU et surtout de rendre à César ce qui est de la responsabilité de César !
    Oui MONTEREAU ville « sinistrée »de l’Ile de France cas d’école sur les différentes mesures prises par les politiques de l’époque, a payé très cher ces dysfonctionnements. Et, que dire des populations refoulées de Paris et de sa proche banlieue qui ont été logées à Survillel, quartier inachevé, coupé de la ville par deux fleuves et un dénivelé important, sans aucune perspective locale d’emploi.

  2. Alexia dit :

    D’accord avec p’tite souris.
    Ca fait du bien de se rendre compte des responsabilités de chacun en matière de pourrissement du quartier.

  3. JM MUYL dit :

    Ras-le-bol du lamentable Yves Poey et de ses prétentions éducatives. Tout ce que ce M. Percheminier écrit ici, nous le savons tous, et je ne vois pas ce que M. Jégo a pu trouver à y redire.

    Retournez à Marolles, M. Poey ! Occupez-vous de votre école !

    Moi, le matin, je veux RI-GO-LER.

    Alors je me rends sur le site, pardon le blog, de la mairie, pardon de la ville, ou d’on ne sait quoi d’ailleurs :

    Extrait (mais tout est de la même farine) :
    « L?éco-responsabilité d?une ville se mesure dans sa capacité à intégrer la dimension environnementale dans toutes les actions qu?elle mène. Depuis qu?elle a signé son premier pacte écologique voilà deux ans, la Municipalité n?a de cesse d?aller de l?avant pour que Montereau embrasse un développement vertueux. »

    Si vous ne recrachez pas vos biscottes bio sur votre clavier, c’est que vous êtes allergique au vingt-septième degré.
    C’est beau comme l’antique.
    Pour paraphraser Lénine, ce site, c’est le réalisme stalinien à l’heure du web 2.0, l’équivalent littéraire des bronzes coulés dans le parc des Noues : du lourd.
    Bref, j’adore, et c’est ici : http://www.ville-montereau77.fr/montereau/

    Je ne connais pas l’auteur(e), mais ce que je peux dire, c’est que cette personne :
    1. A appris son métier à radio Tirana dans les années 1960.
    2. ou consomme clandestinement des champignons hallucinogènes éco-responsables.
    3. ou se paie benoîtement la tête de son patron.
    4. ou les trois.

    J’aimerais ici la féliciter et la remercier, et comme je sais que le sinistre M. Poey est hélas beaucoup plus lu que sa prose en teck massif, lui donner le petit coup de pouce qu’elle mérite.

  4. Lucius dit :

    Excellent, JM MUYL !

  5. Billoute dit :

    Je suis entièrement d’accord, JM MUYL. Le blog d’Yves POEY est d’une tristesse et d’une sinistrose totale.

    On n’y apprend jamais rien, et d’ailleurs, on se demande bien pourquoi on en est déjà à 269 000 visiteurs, avec presque 900 000 pages lues.

    Moi j’y viens tous les jours, et tous les jours, je me dis que c’est la dernière fois.
    Quand je relis ce que j’ai posté, je me dis « mais qu’est-ce qui t’a pris, ma pauvre fille…. »

    Ce blog devrait d’ailleurs être totalement interdit, car totalement inutile.
    Tout comme devraient être interdits tous ces médias de gauche qui nous envahissent de plus en plus et nous empêchent de savourer la douceur de vivre dans notre beau pays.

    De grâce, M. POEY, prenez exemple sur les blogs « municipaux ». Eux, ils nous font rire, et nous enchantent !

  6. Ajax dit :

    Totalement en phase avec vous , Billoute et JM MUYL.

    Je serais à la place de M. Jégo, je rétablirais le bagne à Cayenne, et j’y enverrais Yves Poey. Ce serait bien fait pour lui.

    Moi aussi je viens ici tous les matins, mais c’est pour avoir le cafard toute la journée, surtout quand c’est M. HOU qui officie.

  7. Jacques dit :

    Décidément, la cour des comptes a toujours aimé Montereau….

  8. !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! dit :

    Du grand art, ces rédacteurs municipaux.
    L’adjectif « stalinien » est de mise, effectivement.

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